
Mellano hurle à la lune
La lumière qui, venant du soleil, éclaire le monde entier, et celle de la lune, et celle du feu, cette lumière, sache-le, passant, est la lumière
musicienne, essence des saveurs, qui fait pousser les herbes, naître les enfants et le reste...
Par les souffles expirés et aspirés, le travail sur la magma sonore, la musique de Mellano irradie, éblouit, comme une langue de lave, comme le vent
fait des parfums, à son gré.

Parce qu'elle a franchi ce qui s'écoule & qu'elle domine ce qui ne s'écoule pas, sa musique emporte-t-elle le voyage avec elle, notre prochaine naissance ?
Heureux comme un aigle son clavecin virevolte - les grandes orgues exultent - et signe l'engloutissement par le temps.
« Ce que nous aimons n'est qu'une ombre », écrit à la plume le premier poète Hölderlin ; ceux qui sont éclairés, voyageurs dans ce monde minéralisé,
ceux là savent qu'on change de peau tous les 7 ans. Que notre terre d'adoption est un négatif.
Le mur de guitares, la Chair des anges, dans le vaste poème baptisé, à l'origine, Une promenade dans la bouche, dans les enfers de
Hieronymus Bosch, ce mur de guitare, disais-je, semble chercher l'état d'où l'on ne revient pas. La voix féminine, ou vocation, l'appel aux
anges, épouse le désespoir masculin, et bien sûr ça tourne vite, trop vite sans doute, le compositeur modifie sa propre chimie l'espace d'un instant
muet ; il organise la structure de la matière selon ses lois propres (inspirées des interférences naturelles).
L'irruption sonore décomplexée pulvérise l'obstacle né dans le plexus solaire des pauvres humains - on file tous un mauvais coton.
Olivier Mellano évoque courageusement l'instant émeraude où la nuit touche à sa fin. Traverser l'angoisse de Gethsémani, nul n'avait encore osé l'expérience en
multipliant le déchirement électrique des guitares, le frottement, contrepoint électronique aléatoire, Chant d'électrons. Chasser les
nuages, explorer l'ordre, la confusion - il y a parfois, dans la musique, un moment où la dépossession opère -, ouvrir une brèche dans
nos 5 sens, pénétrer le sixième, comme plonger l'âme dans l'entre-deux monde, ainsi glissent les matins & les soirs du compositeur sur la terre
usée.
L'aspect viscéral de sa musique, l'élégance organique, signe de richesse, se joue des tonalités tempérées, le compositeur accepte l'héritage baroque
sans renier son époque, il permet au quidam de retrouver le contact avec l'émotion. Cet homme libre tutoie l'enfer, la jouissance, sans se perdre
dans les dédales poussiéreux, compulsivement. Passe l'éponge, homme du nouveau siècle trop pressé pour goûter la vie, mordre ton coeur à pleine dent,
ce jaillissement intérieur, cette vision matricielle évoque cette phrase gravée en Grèce sur une tombe : « celui qui regarde en arrière va périr. »
Le jeu intime des subtiles harmoniques, l'orchestration audacieuse étourdissent l'homme qui s'abandonne. Les chemins ne finissent pas & ne
connaissent pas de but, Mellano, dans son cortège de sensations merveilleuses, nous dit qu'on ne peut pas ne pas trouver ce qu'on a jamais perdu.
Défie entre quatre yeux la dévastation ou meurt au bord du fleuve ! Voilà le signal atomique du temps, le 3eme temps du musicien.
David Laurens Atria