metropolis

Situation éditoriale n°6


En cette bonne vieille rentrée littéraire, il est bien naturel qu'In Situ! dont l'esprit de contradiction n'est jamais en reste, se propose de vous divertir. Autrement dit de vous détourner, ne serait-ce qu'un moment, de la marchandise. Détournement qui demande un certain recul, j'entends bien, on se voit si peu agir. C'est à se demander si quelque chose n'agit pas tout bonnement à votre place. Y'a-ti quelqu'un là-dedans !? Rien n'est moins sûr. Pilotage automatique... En réalité, un peu d'art suffit à bousculer ce ronron. Une ville comme Venise quand on sait l'approcher d'assez près ; une toile de Cézanne ou mieux encore un dialogue avec lui qui se poursuit, par-delà le temps, par le biais de la peinture. De la peinture qui agit et se réfléchit. Qui est capable tout autant de penser que de rendre sensible sa pensée. Bref de montrer que la dite pensée n'a rien d'inorganique ou d'abstrait. Quand on sait l'approcher d'assez près.
Quoiqu'il en soit le recul est nécessaire - songez photographie, cinéma - il a en lui une incontestable vertu psychotrope, plus vous avez du recul plus les visions surgissent (les asiles et les romans en sont pleins), d'étranges visions aux côtés desquelles la réalité vous semble ou bien fade ou bien tout à fait mensongère. Comme si la réalité n'était qu'un simple euphémisme du réel. Et qu'il s'agissait de la forcer, cette pute, à monter sur scène.
Comme on dit : la tête dans le cul, le cul étant l'inconscient.
Recul que d'aucuns considèreront comme une régression.
Où l'on verra ce que seul le cinéma peut faire. Vous me recopierez ça cent fois : «Et si nous étions finalement coupés au montage ? » Rushes ou poussières de matière sur la pellicule. De pures métaphores persuadées d'évoluer dans la réalité.
Moteur !
Coupé !
Moteur !
Silencio !
Et ainsi de suite et ce depuis toujours dans ce théâtre de milliers d'années.
Bon, ok, le réel est un cauchemar mais le réveil est musique, sans elle, In Situ! n'aurait tout bonnement jamais existé. In Situ! se doit donc de continuer par elle, avec elle, il est presque minuit, on danse le flamenco à deux pas d'ici, des voitures vont et viennent, je relis le texte de Jean-Yves Clément sur les Mazurkas de Chopin, je repense à mes premiers « émois » musicaux, or non ni la musique savante ni la musique dite populaire ne manquent à notre désir, notre bonne vieille rentrée littéraire bat son plein, on s'y crêpe, semble-t-il, allègrement le chignon, autant vous dire que tout va bien.