metropolis

22 novembre 2006


  The Hub à Manhattan !


Hé merde ! Quoi ! Je repense soudain, allez savoir pourquoi, à un ami d'adolescence, lors de mes études aux beaux-arts à Liège : Paul-Alexandre Meurens. Je me promenais dans Paris, un matin automnal, les amas de feuilles dans les rigoles invitent mes pieds à frapper dans l'air, et vlan ! Qu'est-il devenu ? Quels habits a-t-il revêtu ? Je me souvenais qu'il était partit vivre à New-York City, troquant sa guitare électrique contre un saxophone ténor flambant rouillé neuf. On s'est revu au hasard d'une soirée entre musiciens, il y a longtemps, lui partait vers le continent du jazz, moi je rêvais des polyphonies grégoriennes, du chant élevé de Pergolèse, vitriolé par Stravinsky... Je rentre après avoir bu mon café, course folle, les gens marchent trop lentement, les regards se frôlent, mon coeur s'emballe pour une passante, pfuitt, mille choses explosent le calme du cerveau, la ville, la sainte ville, la ville souillure bordée de feuilles pourries dans les rigoles. Comment revenir chez moi, oui c'est par là, encore plus avant, labyrinthe moderne entre les murs blanchis du Marais parisien - Paul, je vais taper son nom sur l'écran, et, comme musicien, s'il est toujours musicien, son nom doit bien apparaître sur la toile, - ainsi débuta la rencontre impromptue : dans mon cerveau. Deux clics et, oh surprise ! magie des coïncidences ! Paul est à Manhattan pour une tournée avec The Hub, son « band » de jazz-punk-hardcore sortit tout droit d'un « gig » entre potes. J'attrape le premier avion et j'atterris directement dans la quatorzième rue : bar-café bien connu des toxicomanes & des esthètes du jazz branché, j'arrive, la salle se trouve en bas, dégringolade des escaliers (le football continue)... va t-il me reconnaître ? Moi, le sourire au lèvre - Il fait sombre. Lui, plongé dans le soundcheck, la main à la pâte. Un regard perdu... perdant, il fait décidemment très sombre, il revient scruté mon visage en un éclair : « David ! Toi ! Ici ! » Il ouvre ses larges bras pour prendre mon corps dans une accolade affectueuse, 7 ans qu'on ne s'est pas revu, mandat présidentiel, et moi cela me touche de voir toutes ces années passées - Le passé c'est le connu, ai-je pensé, nous avançons dans le brouillard, et cette cave enfumée vaut le présent de tout un chacun. Il veut qu'on se parle, qu'on se raconte nos vies délirantes, sereines, enjouées, mais son bassiste le réclame pour finir le soundcheck : « J'te rejoins là-haut, dit-il, j'arrive ! » J'avais sonné mes amis pour qu'il ne manque pas l'évènement, seul Pierrot était disponible, il doit arrivé, il arrive, le voilà : beau comme un buveur de bière qui se réjouit d'enfiler sa première blonde de la journée... Moi je commande un café, puis un verre de Bordeaux, puis un verre d'eau bu aux chiottes avant l'estocade, ça va siffler, chanter, flûter dans les tympans, Paul vient nous rejoindre et là nous ne savons par quel bout commencer « - T'as deux gosses en bas âges, non ? - Ah non, je viens juste d'avoir une fille ! - Félicitations ! - A la tienne ! (fier de montrer ses photos de Tatiana, de Chloé, p'tit bout'chou sourire enjôleur ) - Alors comme ça tu vis à Paris ?! - Oui, j'adore, je suis tombé amoureux... - Tu veux une clope ?- J'fume pas - Moi j'en veux une, merci... » - La conversation tourne, trio de fumée, tourbillon du temps qui passe et laisse nos dents légèrement jaunies, vision automnale, déclinaison. « - Paul, it's time ! - ok les gars, je dois descendre et rejoindre mon alto, à très bientôt ! » On avale la dernière gorgée, swifft, goulue gorge langue collée, mes jambes d'ancien footballeur ne me laissent pas tomber.

J'ai dit qu'il faisait sombre, right now il fait noir de geai, N-Y City, ici Paris j'écoute.

Avant d'écouter The Hub, jamais je n'aurais pensé qu'il pouvait exister sur notre terre une telle approche interactive qui nous emmène bien au-delà des simples sections rythmiques, Paul-Alexandre Meurens, saxophoniste époustouflant, guitariste scintillant, beau type à l'allure élancée, finesse des traits, Sean Noonan, batteur au regard fou, survêt de boxeur, gestes psychotiques, Tim Dahl, cerveau machiavélique, cheveux courts en bataille, relation incestueuse avec sa basse Fender, ce trio électronique élargit mes sens électriques jusqu'à fusiller toutes mes pauvres idées préconçues sur le jazz contemporain.

Leur tranchant mélange de styles est parfait pour son temps - notre temps!

Venus de l'Underground de Brooklyn, The Hub crée une alchimie sonore irrésistible de jazz, punk, no-wave, et hardcore, et là je me dis que New-York et ses musiciens n'ont, dans la filiation de John Zorn, précision, énergie, ces musiciens, comme j'disais, n'ont pas tout a fait renoncé à conserver cette fusion swinguée atypique, à l'aube d'un siècle qui s'annonce passionnant, meurtrier, vorace, maniaquement.

J'ai dit qu'il faisait sombre, right now il fait noir corbeau, ici N-Y City, Paris, écoute-moi ça :

http://thehubnyc.com

http://myspace.com/thehubnyc

http://myspace.com/paulmeurens