
Du 17 octobre 1961 au 17 Octobre 2006
«Et en 1989 un politologue américain inventa une théorie de la fin de l'histoire
selon laquelle l'histoire avait pris fin puisque la science moderne
et les nouveaux moyens de communication permettaient à tous de vivre dans le confort
et que le confort universel était une garantie de démocratie et non l'inverse
comme l'avaient cru jadis les rationalistes et les humanistes.
Et que le citoyen était en fait un consommateur et le consommateur était en un fait un citoyen
et que toutes les formes de société tendaient vers une démocratie libérale
laquelle conduirait à son tour à la disparition de toutes les formes autoritaires de gouvernement
et à la liberté politique et économique et à l'égalité et à un âge nouveau de l'histoire de l'humanité
et alors l'histoire n'aurait plus de raison d'être.
Mais beaucoup de gens ne connaissaient pas cette théorie
et continuaient à faire de l'histoire comme si de rien »
P. Ourednik, Europeana
Au moment ou vous lirez ces lignes les associations qui luttent pour la « sur-victimisation » des victimes du 17 octobre 1961, avec l'accord du préfet, auront réuni toutes
leurs stars officielles sur le pont St Michel pour ne surtout pas penser la ratonnade du 17 octobre 1961 et en faire illico presto de la chair à Spectacle. On versera des
larmes, on demandera au gouvernement, le même qui leur permet de se réunir, d'être « transparent » sur ce « massacre », d'ouvrir les archives, d'avouer, de faire tout ce qu'ils
savent pertinemment qu'il ne fera jamais. Comme chaque année, on accusera surtout Papon et très peu le nabot Debré et l'asperge étatique de Gaulle... qui a décidé, au moment
de la Vème République (1959), de garder Papon dans ses fonctions de Préfet car il avait un certificat de résistant datant de 44... tout se monnaye...
C'est joué d'avance : comme chaque année, sur le pont St Michel, personne ne parlera du FLN...
(Pendant ce temps-là, le 17 octobre 2006, sur le réseau cybernétique mondial, In Situ ! s'entretient avec Guy Scarpetta sur la réactualisation du baroque et les infinies possibilités
du roman qui n'est pas un genre, mais un art...)
Résumés des chapitres précédents... 1961 est un bain de sang, carrefour de tous les terrorismes...la situation, soyons juste, est difficile, l'OAS (Organisation Armée Secrète)
terrorise pour garder l'Algérie Française; le FLN (Front de Libération Nationale), quant à lui, terrorise au Nom de l'Indépendance (un bien grand mot!)... et, pendant ce
temps-là, l'Etat français (Dictature Parlementaire Secrète) terrorise de tous côtés au Nom d'une certaine idée de la Frrrooonce. Et, cependant, depuis le 20 mai 61, tout
doucement, le gouvernement français négocie dur avec le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne). L'indépendance est alors déjà certaine, acquise.
Restent à définir les conditions de cette indépendance. Une seule chose coince : de Gaulle et Debré refusent de laisser l'entière souveraineté du futur gouvernement (ce sera
finalement Ben Bella, chef du FLN) sur le Sahara ! (sic !)... tout ça pour un désert, c'est shakespearien, mon royaume pour un désert... et le FLN, qui avait cessé ses attentats,
les reprend et vise surtout la police et l'armée, qui se sentent de plus en plus humiliées. Mais Papon a une solution : « Se faire justice soi-même », propose-t-il aux policiers. Il
déclare aussi : « Pour un coup rendu, nous en porterons dix.» et assure aux policiers en bavure qu'ils seront « couverts ».
(Pendant ce temps , le 17 octobre 2006, sur la toile mondiale, David Laurens Atria a l'audace de nous parler de Mozart, de la violoniste Julia Fisher et ce, sans oublier les deux
premiers albums étonnants de légèreté et de beauté d'un certain Devendra Banhart...)
Et puis le 5 octobre 61, Papon, toujours dans les bons coups, prend cette mesure inouïe : couvre-feu (20h30-05h30) pour les « français musulmans d'Algérie ». Ces « français »
de force, à but productif (main d'oeuvre nécessaire à l'économie française) sont entassés, paupérisés et laissés en proie au FLN qui les recrute quasi tous, moyennant un peu plus
de réconfort et arrive à organiser une manifestation « pacifique » le 17 octobre, à l'heure du couvre-feu, en guise de provocation. Pourquoi ce pacifisme soudain ? Pour essayer
de faire avaler à l'opinion publique française leur dernier mensonge.... D'ailleurs, certains algériens repèrent le mensonge et sentant, peut-être, quel massacre peut en résulter
refusent de manifester. Mais ils sont très vite stigmatisés et menacés par le FLN, et même, au Nom de l'Idéalisme Indépendantiste, obligés à suivre le troupeau. Ce n'est pas
sans raisons que le FLN a mené ses « frères algériens » au gouffre... quelques mois après, Ben Bella, l'un des chefs de file du FLN, était au pouvoir du nouveau gouvernement
algérien...
(Pendant ce temps-là sur l'International Network, Pound chante son poème Usura dans le désert ! Grâce à In Situ ! Amen !)
Je suis sûr que le 17 octobre 2006, sur le pont St Michel : SOS Racisme va encore demander le décompte des morts... Le MRAP va en profiter pour dire, une fois de plus,
n'importe quoi sur à peu près tout, et personne ne dira le rôle qu'a joué le FLN puisque les algériens sont gentils par définition et les français méchants par définition.
(Pendant ce temps-là, le 17 octobre 2006, sur le réseau virtuel mondiale, un certain Raphaël Denys (un mulâtre, moitié colonisé, moitié colonisant) s'obstine, persiste et signe un
essai sur Paradis, d'un certain Philippe Sollers, qui a fait la guerre d'Algérie[1]).
Ensuite, après l'accord d'Evian et la déclaration d'indépendance, Ben Bella, l'un des leaders du FLN, qui n'était d'ailleurs pas à la manifestation en question, sachant bien ce
qui allait se passer, peut prendre le pouvoir et établir un régime socialiste à parti unique. Après la colonisation, les algériens vont connaître une dictature vaguement communiste...
merveilleux !... et d'indépendance, aucune.
Et l'Algérie, sous le regard bienveillant de Ben Bella, ouvre une chasse aux harkis et aux « pieds noirs » (expression idiote) assez sanglante qui laisse d'ailleurs l'armée française,
de Gaulle et Debré réunis, sans réaction... étrange pour des réactionnaires...
Ironie de l'Histoire, j'apprends à l'instant que l'ancien Dictateur Ben Bella est encore vivant et se pavane actuellement d'Alger à Genève où il se présente fièrement comme :
« Président de la Campagne Internationale Contre l'Agression en Irak. »
Et les journalistes l'adorent, lui demandent son avis, l'interviewent à n'en plus finir, et il fait autorité... en matière d'agression, remarque, ils s'y connaît, il a pratiqué le terrorisme,
le pouvoir dictatorial et les massacres d'Etat... oui, mais attention, au nom de la cause « Mère » algérienne. On croit rêver... il fait la moral à Bush... il se vante d'avoir côtoyé le
Che, autre idole à faire tomber...
(Pendant ce temps-là, le 17 octobre 2006, je continue à étudier ce roman inépuisable qu'est Glamorama de Bret Easton Ellis, où toute la complexité de la « machine
à terreur » est mise en situation et où toutes les idées du monde sont dissoutes par la froide description de la complexité de ce même monde...)
Qui peut accéder à cette complexité là ? Moi pas... mais tant que l'Algérie, ce n'est qu'un exemple, continuera à se poser en victime, on ne pourra pas penser les faits et les
gestes de cette période de l'Histoire... car une victime, par définition, ne pense pas, mais pleure et se plaint. L'Algérie devrait se rappeler que ses ancêtres « arabo-musulmans »
ont envahi l'Espagne de 711 à 1492, par exemple, il faudrait parler de Malte, la Sicile, Toulouse... je manque de temps..) Et les musulmans d'aujourd'hui ne s'en excusent pas
tous les jours que leur Dieu fait et ils ont raison.
Il ne s'agit pas de s'excuser, ni d'avoir raison sur le dos de ceux qui ont tort, mais de regarder la chose en face, discuter, penser, comprendre, agir.
Ils sont bien naïfs ceux qui croient qu'en désignant des coupables et des victimes on empêche l'Histoire de se répéter. Si ce n'est là, c'est ici, ou ailleurs, plus tard, d'une manière
encore inimaginable.
Mais que se passe-t-il aujourd'hui ?
Dois-je parler de la « Raison d'Etat Algérienne », assassin émérite de l'artiste Matoub Lounès chanteur en langue Berbère, apologiste de la laïcité ?
C'était en 1998, il n'y a pas si longtemps.
Personne ne s'est excusé, pourtant, dans cette histoire, tout le monde est encore vivant, sauf lui.
Du côté Frooonnncais, c'est pas mieux, c'est le débat de société entre deux âneries qui s'égalisent :
1) Le parti de ceux qui culpabilisent à mort ! Des gosses devant Papa-Police-Histoire... cherchant à tâtons le sens de l'Histoire. Parlons-en du Sens de l'Histoire ! En même
temps système de la terreur et système de la mode (mais n'est-ce pas la même chose ?) ; machine à décerveler. Tribunal du bon sens provisoire...
2) Le parti pris républicain gaulliste de l'amnésie volontaire, de l'innocence, ou, dans sa version plus transparente, carrément, des fatalistes apologistes de la Raison d'Etat....
Encore une fois, celui qui se sent coupable ne peut pas penser.
Et celui qui fait l'innocent ne veut pas penser et ne fait que clamer son innocence et chercher des preuves. Si il n'en a pas, il les fabrique, les achète, comme Papon en 44 acheta
son Certificat de résistant...
Du bon usage de la Seine...
J'ai eu aussi la mauvaise idée d'aller feuilleter les Mémoires du Général de Gaulle, publiées dans la Pléiade avec Swift, Sade, Nabokov... tout va bien ! J'ai lu le
petit chapitre 1958-1962... intitulé « Le renouveau.» (Si ce n'est pas de l'humour, c'est de la cruauté). Et vous savez quoi ? Aucun arabe n'a été jeté dans la Seine, pas même
une petite rixe sur le pont St Michel, rien, effacé, oublié, envolé... Trou de mémoire... probablement... hum, quoi ? Volontaire ? Vous n'y pensez pas... le Général, c'est sacré,
l'appel du 18 juin, la Résistance, une certaine idée de la falsification...
(Finalement, le 17 octobre 2006, en France, n'importe qui ou presque aurait pu voler le Quarto Debord et lire ce texte inédit dont j'extrais ici une citation du fin
fond d'un hasard sublectif : «Les immigrés ont le plus beau droit pour vivre en France. Ils sont les représentants de la dépossession ; et la dépossession est chez elle
en France, tant elle y est majoritaire, et presque universelle. Les immigrés ont perdu leur culture et leur pays, très notoirement, sans pouvoir en trouver d'autres. Et les français
sont dans le même cas, et à peine plus secrètement.» Guy Debord, Notes sur la « question des immigrés», 1985)
Elle est belle la Frrrooonce !
En tout cas, le match France-Algérie, une fois la Marseillaise judicieusement sifflée mais mal sifflée (car probablement uniquement pour remplacer une illusion nationaliste par une
autre, sûrement pire) est toujours dans des prolongations entres minables... une chose est sûre et vérifiable : le rapport n'est pas un rapport d'égalité : on entend partout en France
la musique algérienne ou pseudo revendicatrice d'une origine algérienne fantasmée... Partout on nous gave d'une marchandise orientale kitschifiée... Partout on chante de la
marchandise simili subversive, enculant toutes les valeurs de la République française.
Par contre, je ne crois pas que le Don Giovanni de Mozart, les rythmes érotiques d'un Gainsbourg et d'autres qui pourraient remettre en cause les valeurs de l'Etat
Algérien n'aient droit de citer, si ce n'est clandestinement...
N'y a-t-il pas en France et en Algérie une vision unilatérale des choses ?
Quand vont-ils enlever leurs oeillères les outsiders de l'anti-racisme primaire?
Mais, ce qui reste de l'Europe, bientôt, ne pourra plus avancer l'argument ci-dessus sans être ridicule car elle est de plus en plus d'accord avec ses ennemis pour nier ce qu'elle
a de plus libre. La preuve : j'apprends seulement maintenant qu'on a annulé les représentations d'Idomeneo, à Berlin, pour ne pas choquer les musulmans d'Allemagne... c'est vraiment prendre les musulmans d'Allemagne pour des cons. Si ils vont voir Idomeneo, ils savent ce qu'ils font. Si ils n'y vont pas, comment peuvent-ils le savoir ?
Par une presse qui a une certaine idée du journalisme qui a intérêt à ce que cela se sache de cette manière-là et que ce soit interprété ainsi et pas autrement. Rappelons donc que si l'Europe (ou une certaine idée Economique et/ou Culturelle de l'Europe) est en danger, le danger vient avant tout de l'intérieur.
Et puis, quiconque est choqué par la scène finale d'Idomeneo n'est pas un musulman, mais un con, ce n'est pas pareil. Le but ne serait-il pas de protéger tout le
monde, musulmans ou non, de la musique de Mozart ? Et donc de son drôle de rapport à Dieu... c'est-à-dire un rapport non pathologique... mais raisonnable et sain... tout
comme l'a rappelé Benoît XVI dans son discours de Ratisbonne que personne n'a lu en entier...et dont je vais citer un passage, juste pour emmerder l'monde :
« La conviction qu'agir contre la raison serait en contradiction avec la nature de Dieu, est-elle seulement une manière de penser grecque ou vaut-elle toujours et en soi ? Je pense
qu'ici se manifeste la profonde concordance entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qu'est la foi en Dieu sur le fondement de la Bible. En modifiant le premier
verset du Livre de la Genèse, le premier verset de toute l'Ecriture Sainte, Jean a débuté le prologue de son Evangile par les paroles : « Au commencement était le logos ». Tel est
exactement le mot qu'utilise l'empereur : Dieu agit « sun logô », avec logos. Logos signifie à la fois raison et parole - une raison qui est créatrice et capable de se transmettre mais,
précisément, en tant que raison. Jean nous a ainsi fait le don de la parole ultime sur le concept biblique de Dieu, la parole dans laquelle toutes les voies souvent difficiles et
tortueuses de la foi biblique aboutissent, trouvent leur synthèse. Au commencement était le logos, et le logos est Dieu, nous dit l'Evangéliste. La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n'était pas un simple hasard. La vision de saint Paul, devant lequel s'étaient fermées les routes de l'Asie et qui, en rêve, vit un Macédonien et entendit son appel : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (cf. Ac 16, 6-10) - cette vision peut être interprétée comme un « raccourci » de la nécessité intrinsèque d'un rapprochement entre la foi biblique et la manière grecque de s'interroger. »
Très bonne copie, dix sur dix, Mozart est content, Voltaire est heureux, Descartes est aux anges, Rûmî aussi, Ibn' Arabî pareil, Maïmonide idem, mais ce ne sont que des mots.
Et on a vu que personne ne veut en discuter, y penser et agir.
Quand je dirais pour finir que je ne crois pas dans les valeurs de la République frrroooncaise et que je ne suis pas catholique pour une aumône, on me reconnaîtra, dans cette
affaire, une certaine objectivité, plutôt rare, dans ces temps singuliers.
Ce n'est pas l'Histoire qui est finie, c'est l'histoire de la dialectique... la capacité individuelle à penser les contradictions...
In Situ ! étant l'exception qui confirme la règle.
Nunzio d'Annibale.
[1]Voir pages 115 et116 du chapitre 3 du livre Philippe Sollers, Coll. Vérités et légendes, par de Cortanze. Sollers, après la série d'examens à l'hôpital Percy à Clamart, est
envoyé à Montbéliard, où il intègre un régiment disciplinaire. Puis hôpital de Belfort... après des mois d'efforts permanents pour être réformé, il rentre chez lui avec ce motif inscrit
sur son livret militaire : terrain schizoïde aigu. Pour finir, il y a la trahison de Jean Edern Hallier... qui, via son père, l'envoie sur la ligne Morrice, où mourra Pierre de
Provenchères, grand ami de Sollers.