
J.-P. Fargier, vidéaste, à propos de Paradis ; le livre, le spectacle et le film.
1) Peut-on vous définir, provisoirement du moins, comme un vidéaste ?
Un vidéaste est un bricoleur d'images et de sons qui utilise avec gourmandise, amateurisme ou professionnalisme, en tous cas par prédilection et non par manque
d'autres moyens (cinématographiques) les techniques électroniques pour accomplir des forfaits artistiques en tous genres (clip, portrait, journal intime, pamphlet, poésie, fiction)
en jouant au maximum tantôt du direct, tantôt de l'effet de direct. Je crois avoir été sinon l'inventeur de ce mot l'un de ses premiers utilisateurs (dans divers médias où j'intervenais
dans les années 70/80) pour désigner le travail des artistes vidéo ou des militants politiques se servant de la vidéo. Je me suis souvent, en conséquence, revendiqué vidéaste,
puisque je pratique ce medium depuis le début des années 70.
2) Rares sont les personnes qui savent que Paradis, le roman de Sollers, fut aussi une performance mise en scène par vous et jouée par Sollers lui-même. Pouvez vous nous
donner un aperçu détaillé de ce spectacle et de sa tournée ?
et
3) Même chose pour le film, ou la vidéo, que vous avez réalisé à partir de Paradis II et qui s'appelle Sollers au paradis. Pouvez vous nous parler de ce film et de la manière
dont vous l'avez réalisé ? Qu'apporte t-il, à votre avis, au roman qu'est Paradis ?
La « vidéo Paradis », intitulée Sollers au Paradis (et non le "film" Paradis comme vous dites dans votre question), est la mise en forme télévisuelle d'un spectacle-lecture donné
par Philippe Sollers (Paradis vidéo au début des années 80 consistant pour lui à lire une bonne heure de son livre Paradis sur une scène, entouré d'écrans vidéo (6 +2) formant
une rosace. Six écrans déployant des images préfilmées et prémontées, synchronisées, développant des résonances avec le texte autant que des consonances (graphiques,
culturelles, plastiques) entr'elles. Deux écrans renvoyant deux échos directs de la performance de Sollers, filmée par une caméra dont l'image était soit diffusée telle quelle, soit
"colorisée" à travers un petit synthetizer artisanal (le Movicolor de Marcel Dupouy) dont j'actionnais moi-même les paramètres pendant la lecture de l'écrivain. Le Centre
Pompidou était le producteur principal de ce show littéraire et vidéo. Il y eut une douzaine de séances de Paradis vidéo à Paris, puis une vingtaine en province et dans le monde
entier (New York, Rome, Milan, Bruxelles, Saint Etienne, Orléans, Tourcoing, Madrid, San Sébastien, Reims, Jérusalem, Rennes, Belfort). La vidéo Sollers au Paradis reprend
en partie les images du spectacle live en les incrustant derrière le visage de l'écrivain prononçant son texte presque toujours en gros plans. Philippe Sollers accomplit dans ces
images un certain nombre d'apparitions, d'actions, en particulier à Venise. La plus surprenante : simulant un gisant au bord de la lagune, Sollers tout à coup bondit, ressuscite.