
Situation éditoriale n° 2.
1.
En 1989, j'avais 10 ans et j'étais plus qu'ingénu ; c'était le bi-centenaire de la Révolution Française et comme j'avais 10 ans et que j'étais ingénu : je me croyais le plus
heureux des élèves en portant la cocarde et le bonnet phrygien sous les ordres de mon Maître d'école. J'étais jeune : on me demandait de choisir entre Danton et
Robespierre, j'étais ingénu : je choisissais Danton car il était meilleur orateur que l'autre, m'avait-on dit. Cette année là, on avait enseigné aux écoliers français la version
la plus falsifiée possible de ce moment de l'Histoire ; l'un des plus importants, s'il en est. L'Education Nationale mit alors en marche une propagande stalinienne des plus
étranges. Et à la Kermesse de cette année là on nous obligeait à jouer au jeu de paume devant nos parents qui ne voyaient pas non plus d'inconvénient au fait que nous
chantions « Ah ça ira, ça ira ! Les aristocrates à la lanterne !» avec des piques à la main.
Une contradiction : on devait, par contre, apprendre une version « soft » et non sanglante de La Marseillaise.
La Kermesse de cette année 1989, dans cette petite mairie gauchiste du 91, s'est vite transformée en Fête de L'Être Suprême.
2.
Il n'est donc sûrement pas inutile, en ce 14 juillet 2006, de ne pas attendre le tri-centenaire pour évoquer la question et gâcher la fête. Et pour notre sur-fête nous avons décidé
de parler du livre de Laurent Dispot : La Machine à Terreur. Mais aussi du Marquis de Sade qui est probablement le plus beau révélateur de l'imposture que
représente ce qu'on appelle bêtement « Le Siècle des Lumières » et qui n'était pas, semble-t-il, assez lumineux pour Sade.
3.
Pourquoi cette revue plutôt que rien ?
La fleur est sans pourquoi.
Pourquoi tous les trois plutôt que d'autres ?
Car jamais nous n'avions trouvé pareils compagnons de jeu.
Mais alors, foutre !, à quoi jouons nous ?
A lire le monde comme les pages d'un livre.
4.
Oh non, nom de nom, Dieu n'est pas bon ! Logique, puisque les hommes n'ont pas pu faire autrement que de le faire à leur image : complexe, impur, contradictoire. L'entretien
avec Stéphane Zagdanski sur la pensée juive propose un retour, tout en détours et digressions, au texte hébreu pour enfin sortir du crétinisme religieux et faire apparaître par
contre « une manière de pensée » proprement juive mais aussi et surtout propre au juif impur qu'est Zagdanski.
5.
Quant aux fondateurs d' In Situ !, ils ont encore fait un travail remarquable, merveilleux, splendide, sublime et étonnant de clarté.
David va nous parler de Jimi Hendrix, d'Arvö Pärt et de sa ville Tallinn.
Et sa musique, ici en trio .... parle d'elle-même.
Drôle de monde où, je, soussigné, Nunzio d'Annibale, suis obligé de faire avaler des évidences et notamment celles-ci : Glamorama, de B. E. Ellis, est un roman pas
du tout minimaliste de la plus haute importance.
Classique instantané à l'usage de ceux qui veulent gagner un peu de temps sur les temps qui courent.
N'oubliez pas d'aller jeter un coup d'oeil et même plus sur nos Variations paradis, sur la preuve n° 2 d'Ecce Homo et sur tout le reste.
Vous verrez aussi que les comiques involontaires ne manquent pas.
6.
In Situ !, qui n'est ni un blog ni un site littéraire, est assuré d'être promptement connu d'une cinquantaine de personnes ; autant dire beaucoup
dans les jours que nous vivons et quand on traite de questions si graves avec tant de légèreté. Il faut considérer que dans cet happy few une moitié, ou un nombre qui s'en
approche de très près, sont des ennemis de nature, comme chien et chat, et ce, qu'ils en soient conscients ou non.
Quant à l'autre moitié, il faut la diviser de nouveau en deux et séparer ceux qui s'y intéressent gentiment, par complaisance amicale - admettons qu'ils soient 13 - et les 12
autres qui comprennent instantanément ce que nous racontons. Ayant donc à tenir compte de lecteurs plus ou moins attentifs et diversement influencés, nous ne pouvons
évidemment parler qu'en toute liberté.