metropolis

Ecce HOMO.

Règles du jeu :

1) choisir un article de journaux et le ré-écrire pour y faire apparaître la scène sexuelle  qu'il cache et le secret qu'il garde sous ses faux air de révélation.

2) Montrer aussi, par cette ré-écriture, comment le vrai de ce moment du faux est caché par le média même qui fait mine de nous en informer immédiatement.

3) Bref, montrer nous, in situ, tout ce que personne d'autre que vous ne pourrait y déceler.

4) Envoyez-nous vos textes : la mère Ubu jugera.

5) Le deuxième exemple ci-joint devra servir de modèle jusqu'à ce que de meilleurs exemples fassent naturellement autorités.


Preuve n° 2

(Cet article n'est malheureusement pas paru dans LATITUDES le jeudi 16 décembre.)

 « Ces chercheurs qui préparent l'homme éternel.

Le premier être humain qui vivra mille ans est déjà parmi nous: c'est la thèse d'un généticien britannique respecté mais controversé dans le respect critique Et si le vieillissement n'était plus une fatalité? Et si on pouvait faire un enfant sans baiser personne ? Et si on pouvait...tout et son contraire, surtout inversement ? Ce serait chouette...hum ?

Par la mère Ubu, envoyée très spéciale, à grands frais à New-Beurk (Angleterre) pour In Situ 

«Je crois que la première personne qui atteindra mille ans est aujourd'hui sexagénaire.» Ces propos sont ceux d'un charlatan institutionnalisé, c'est-à-dire d'un chercheur britannique du département de génétique de l'Université de Cambridge (Angleterre), j'ai nommé : Aubrey de Grey. Je me suis donc rendu sur place pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un poisson d'Avril. Ici, à New-Beurk, le temps est gris comme la gueule d'Aubrey de Grey. Aubrey de Grey se pose toutes sortes de questions inutiles :  L'être humain pourrait donc bientôt vivre mille ans? La mort de la mort serait-elle pour demain ou pour aujourd'hui ? Au moment même où nous contrôlons la naissance nous pourrions simultanément contrôler notre propre mort ? Et la boucle bouclée ? Et le cercle vicieux dévissé ? Des taoïstes musulmans aux futurologues archaïques, tel Ray Kurzweil, en passant par Alexandre le Grand, Philippe le Bel, Henry IV, Jean-paul II, Benoît XVI et Pie XII et en repassant et en trépassant par toute la philosophie éternaliste de Bacon à Derrida, je cite « il n'y a qu'un petit pas pour l'homme et deux pas pour la femme qui a les jambes plus courtes » a déclaré Aubrey de Grey. Aubrey De Grey, notre métronome à tous, est le baromètre parfait de notre temps. Il a osé dire : « Pourquoi vivre inutilement 70 ans alors que je pourrais prolonger mon ennui pendant plus de 200 ans ? » Bonne question.

La quête de la fontaine de Jouvence suscite depuis longtemps l'espoir d'une vie éternelle qui ne s'arrêterait pas avec la mort mais continuerait au-delà d'elle dans une re-naissance permanente. Récemment, les nouvelles technologies sont venues se substituer au mythe et prouver qu'elles sont, bel et bien, comme le disait Debord des Nazis, un « archaïsme techniquement équipé». Pour certains scientifiques, le vieillissement doit désormais être envisagé non comme une fatalité mais comme une maladie. Et pour certaines maladies, la fatalité doit être envisagée sans les scientifiques. Et pour la fatalité, les scientifiques sont une maladie. Quelle époque !

Chercheur respecté, Aubrey De Grey appartient à un courant marginal - mais en forte croissance - de la biologie qui refuse l'inéluctabilité du vieillissement. Agé de 41 ans, mais en paraissant déjà 98, ce gérontologue baby-boomer à la barbe fleurie et à tendance éternaliste de centriste du milieu a divulgué, début décembre, ses espoirs qui ont retenu l'attention de la BBC comme tout ce qui est débile et sans fondement. La BBC s'étant depuis quelque temps spécialisée dans la bêtise d'une manière grandiose.

Si le XXe siècle est parvenu à ajouter des années à l'espérance de vie (qui est passée de 48 à 78 ans), le XXIe ambitionnait lui d'ajouter de la vie aux années, permettant de mourir en bonne santé... Un changement de perspective que dénonce Aubrey de Grey, pour qui notre vision du vieillissement «imprégnée de fatalité» nous empêche de développer un traitement adéquat. « Ne pas vieillir est désormais à la portée de toutes les bourses. Pour cinq euros je vous allonge la vie d'une semaine ! » a déclaré ce chercheur ambigu et profond tout de même subventionné par l'Etat Britannique qui apparemment sait exactement ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas.

«Jusqu'à récemment, nous n'avions d'autre choix que d'être fatalistes. Car le vieillissement est vraiment horrible et, en même temps, on ne pouvait vraiment pas y échapper, vraiment, vraiment. Or la seule façon d'affronter vraiment quelque chose qui est à la fois vraiment horrible et véritablement vraiment inévitable est de se laver le cerveau en se convainquant qu'après tout, cette chose vraiment horrible a des bons côtés, comme par exemple que «c'est bon pour l'espèce». C'est ce que les religions, entre autres, nous ont souvent permis de faire. Mais cette logique s'effondrera bientôt», estime-t-il. «Bientôt nous comprendrons vraiment, continue-t-il, que la vieillesse n'existe que par rapport à notre incapacité à y remédier et non le contraire. Ca, j'y crois vraiment. Si nous trouvons la cause du vieillissement alors nous pourrons le ralentir puis l'anéantir et continuer à vivre inlassablement sans mourir jamais. »

Afin de «guérir» le vieillissement, Aubrey De Grey veut éradiquer les «phénomènes destructeurs» qui se produisent dans le corps, des dommages cellulaires liés à l'âge, qu'il a identifiés. Ils seraient au nombre de sept *.

Les phénomènes destructeurs :

(Non-communiqués.)

Or, pour chacun de ces phénomènes, de Grey entrevoit, grâce aux nanotechnologies (technologie qui utilise des nains comme cobayes), à la robotique ou aux biotechnologies  une solution déjà existante ou se profilant à l'horizon. A ses yeux, le traitement du vieillissement ressemblera à un grand bricolage génétique, un peu comme quand papa répare la voiture. Il sera administré tous les dix ans à tous les individus, qu'ils le veuillent ou non, « car c'est bon pour not' bien à tousssse, même si on n'le sait pas encore. Et si un seul résiste, on pourra tout aussi bien lui raccourcir la vie» a calmement affirmé notre savant génial.

Dans un moment de complicité, il m'a confié ceci : « Chaque être humain pourrait vivre ainsi très très longtemps ». En éminent scientifique à but non-lucratif il m'a bien sûr proposé de me rallonger la vie de deux semaines pour peu de frais, si j'étais encore sceptique sur l'efficacité du traitement.

De telles expériences étant fort onéreuses, il a lancé en 2003 un concours pour financer ses recherches. Il a acheté une dizaine de prostituées bradées après la coupe du monde de football qu'il fait travailler jour et nuit pour notre bien à tous mais aussi pour remporter le Prix intitulé « Souris Mathusalem », il s'agit de faire vivre une souris plus longtemps que sa congénère «GHR-KO 11C » qui est morte à cinq ans, soit l'équivalent de 150 ans pour un être humain. Il voudrait revenir au temps de vie biblique et même si possible au jardin d'Eden, au temps d'avant le temps, au temps d'avant la connaissance, au temps d'avant les scientifiques, autant d'avant Aubrey de Grey.

Ce qui ne serait pas plus mal, entre nous soit dit.

Quant à la polémique sur un possible financement occulte via Cuba : il répond sans langue de bois : « Fidel est un ami. Et les bons comptes font les bons amis et tant va la cruche à l'eau qu'à la fin deux hommes avertis valent mieux que tous les chats sont gris. En effet, Fidel a fait appel à mes services. Il en avait marre de ne pouvoir tenir que 7 heures non-stop pour ses discours politiques hebdomadaires. Grâce à ma technique infaillible j'ai pu lui permettre de rajeunir de 7 ans et il pourra désormais intervenir presque 24 heures sur 24 sur la chaîne cubaine libre : Diktat Una. C'est vraiment une satisfaction pour moi. Fidel est un grand homme, vraiment. Je l'admire. Mais de là à dire qu'il finance mes recherches, c'est peu dire : on peut dire qu'il m'arrose à mort le cochon. La moitié de l'argent de la prostitution étatique me revient. » Enfin un scientifique qui parle clairement ! On n'a pas de mal à imaginer ce que pourrait devenir l'Histoire si les grands dirigeants devaient ne jamais mourir. Imaginez deux secondes Castro éternellement jeune, Staline ne mourrant jamais, Chirac renouvelant sa candidature à l'infini. L'enfer doit au moins ressembler à cela. Et l'éternel retour dans tout ça ? Et le trou de la sécu ? Et la retraite à quel âge ? Ségolène Royal est paraît-il, très intéressée par les travaux d'Aubrey de Grey. « On pourrait alors faire travailler les français plus de 130 ans ! Ah, vivement la retraite à 342 ans. »

Pour l'heure, Aubrey de Grey tente d'administrer sur des souris la preuve de ses certitudes.

Il s'est donné une centaine d'années pour y parvenir, d'ici là, il aura -131, soit 100 ans de moins, qu'aujourd'hui, grâce à son traitement qu'il s'administre tous les jours à lui-même, en bon Chrétien. Aubrey de Grey veut aussi révolutionner la notion de temps.

Mais notre Baromètre à tous, Aubrey de Grey, n'est pas le seul à délirer à mort sur la mort de la mort naturelle. Il y a un autre cas connu de délirium scientificae qui est un autre spécialiste des nanotechnologies (technologie qui utilise des nains comme cobayes) ; j'ai nommé Robert Freitas, qui s'est, lui aussi, donné comme projet de venir à bout de la mort naturelle. Il pense y parvenir en concevant des robots minuscules qui pourront aller corriger dans le corps tous les effets délétères du vieillissement. De telles démarches sont étrangement bien reçues sur un ton faussement sceptique par le monde scientifique et ses relents de fausse sceptique. Ainsi le professeur Nunzio  Dennybatria de l'Université de l'Illinois à Chicago, en Ex-Israël, qui tente d'identifier le gène de la longévité, s'est empressé de répondre aux récents propos de De Grey. «  Je le connais. D'une, il a une gueule à faire peur. Dans son laboratoire le taux de suicides des souris est très élevé. Son haleine putride est joliment proche, au niveau de l'odeur, d'une bouche à égout. Quand on voit sa sale gueule de mort vivant on comprend assez mal qu'il veuille continuer à vivre si longtemps avec un grain de peau aussi dégelasse de type linoléum couvert de vomis. Sa barbe est un balai à chiotte dont la couleur verdâtre évoque assez une décharge publique. Ce qu'il nous propose c'est de prolonger sa vie de merde sur 1500 ans ? Pour ma part et dans son cas, je préconiserais plutôt le suicide instantané. Sa mère n'aurait pas mal fait de l'étouffer avec son linceul. Mais bon, c'est un confrère que je respecte. Il est très sérieux, très crédible, rien à redire, à part ça. »

A part ça tout va bien.

Ce serait Jean Claude Van Dam, tout le monde se gausserait, mais comme c'est un scientifique, tout le monde s'intéresse, applaudit ou s'indigne du bout des lèvres. Plus c'est gros, plus ça passe.

Bel adage de notre âge. »